Charlie, Portraits

Musique
Galerie photo + Biographie
Les Trois Baudets (Paris)
26 mai 2014


La première fois qu’on l’a aperçue, il y a six ans, Charlie était invitée sur le disque de Mauss. Elle avait une fleur dans les cheveux et campait le rôle féminin dans un duo sur « Je recherche ». Depuis, Charlie s’est lancée seule sur la route avec un premier album éponyme, emmené par un tube pop « Le sapin ». Elle chantait des chansons enlevées, mais rêvait en secret de climats plus intimes et des formats miniatures. Elle fantasmait un disque d’alcôve, un conte musical où son chant pourrait se poser en douceur sur des orchestrations nuageuses. Sa rencontre avec Emmanuel Da Silva va précipiter le rêve en mélodies. Ensemble, ils ont monté un petit atelier de musiciens : Scaba Palotaï aux guitares, Baptiste Brondy derrière la batterie, Jeff Hallam en mode basse et Fréderic Fortuny préposé aux claviers… pour confectionner une dizaine de mini-métrages pop doux-amers.

« J’ai très peu de références musicales françaises. J’aime la folk, le blues… Tout ce qui est un peu poussiéreux. » Charlie voulait du grain, du relief dans le son et du confort dans les arrangements, entendre la noblesse des matières simples, organiser un petit voyage dans des contrées acoustiques ou tendrement électriques. Elle avait Joni Mitchell et Rickie Lee Jones, mais aussi Kate Bush et Björk en point de mire.

Emmanuel Da Silva lui a apporté les premiers titres, « Chercheur d’or » (comme un clin d’œil à l’autre Charlie : Chaplin), « Bleu », « Si seulement si »… Et Charlie s’est glissée dans ces écrins de guitares dans l’écho ; elle a délicatement soufflé ses textes au fil de ces déambulations en apesanteur, épousé ces ballades dans de grands espaces au parfum d’Amérique.

Charlie n’a pas l’âme d’une interprète : elle aime la notion de groupe. «  Chaque chanson est une petite histoire intime. Je ne peux pas l’abandonner à d’autres et tout déléguer. J’ai besoin de la vivre tout du long de sa construction, jusqu’à la réalisation. »

Elle poussera donc son implication jusqu’à la touche finale. Les chansons vont se cristalliser dans un véritable travail collectif, une écriture commune couronnée par une réussite pop totale, « Le naufrage » signée à quatre mains.

Autour des ingrédients de base, des harmonicas, des pianos droits et quelques cordes (« Sans commentaire ») vont intégrer la caravane sur la route. Pointillistes, ils complètent le panorama d’une douce rudesse ; accompagnent avec élégance cette voix organique et subtile, distillée au gré des intentions et des saisons…

« J’aime quand les choses se passent en douceur, de façon naturelle. J’apprécie ce moment où on vit la subtilité de l’effort. » dit-elle pour décrire cet instant où la cascade musicale s’effectue avec grâce.

Alors, avec ses acolytes, Charlie s’autorise à parler ses mélodies, ose les cassures dans sa diction, et s’évader de l’orthodoxie pop pour dessiner des ciels changeants. Elle transporte The Kills au pays de Lewis Caroll (« Tout ce qui brille »), XX dans la prose française (« Les vents contraires », « Les pluies ») et rejoint Keren Ann ou Emily Loizeau sur les terres précieuses de la musique d’ici, décomplexée et décadenassée.

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