Edward Albee’s - La Maison et le Zoo

Théâtre
Théâtre du Rond-Point (Paris)
3 juin 2015
Au Théâtre du Rond-Point (Paris) du 3 au 25 juin 2015

Edward Albee a écrit récemment un premier acte : La Maison, pour compléter une de ses premières pièces, Zoo Story, désormais Le Zoo. Écrite cinquante ans après, La Maison éclaire Le Zoo, elle en est, paradoxalement l’antichambre.

Au coeur de New York, appartement huppé. Peter est au milieu de sa vie. Ann est dans la tourmente. Elle veut fracasser la routine mortifère, car ils s’aiment mais trop sagement. C’est la vie domestique. Même jour, heure du loup, Peter rencontre Jerry sur un banc de Central Park, dans un coin à l’écart où des hommes rôdent. À peine Peter a-t-il quitté son quotidien familier, qu’il se trouve mis à l’épreuve. Il se voit confronté à des élans pulsionnels qu’il ne contrôle pas. C’est la vie sauvage.

Entretien avec Gilbert Désveaux

Qui sont Peter, Ann, Jerry ? Des figures de naufragés du monde occidental ?
Ann et Peter sont issus de la bourgeoisie intellectuelle blanche et chrétienne (WASP / White Anglo-Saxon Protestant) qui a longtemps été (et demeure en grande partie) la classe dirigeante des États- Unis d’Amérique. Edward Albee, dans son théâtre, décortique l’image policée et civilisée que donne, en société, ce couple idéal. Car, dans l’intimité, alcool aidant, les rancoeurs, les aigreurs, les frustrations surgissent et les masques tombent... Et ces puissants apparaissent misérables et fragiles. Jerry, quant à lui est un mystérieux agent provocateur qui vient bousculer, notamment par une parole complexe et lyrique, la vie sage des gens civilisés. Est-ce un animal sauvage échappé du zoo? Peut-être... En tout cas, un « mauvais garçon » qui hante le parc en quête de rencontres nocturnes, rebelle à tout engagement. Finalement, hors ou dans le système, il n’y a peut-être aucun espoir de vivre une vie digne et belle dans ce pays.

La pièce se divise en deux parties : monde domestique et monde sauvage... Quelle est la thèse défendue par Albee ?
La première partie - La Maison, ou Vie domestique - a été écrite quelques décennies après la seconde - Le Zoo, ou Vie sauvage - qui a été créée et jouée longtemps sous le titre de Zoo Story. Nous sommes tous, plus ou moins, prisonniers de conventions, de règles, de lois comme des animaux derrière des barreaux. Mais, nous sommes tous des animaux. Et il suffit de peu pour que nous, êtres civilisés et éduqués, retombions dans notre état sauvage originel.

Il est beaucoup question de mort et de sexe dans la pièce, et crûment, comment représenterez-vous cela sur le plateau ?
C’est un théâtre qui s’appuie sur une langue puissante et précise qui doit être prise en charge par les acteurs. Les frustrations de Peter et Ann se retrouveront dans leurs corps. Un appel à la jouissance bestiale pour l’une. Un blocage physique pour l’autre. Quant à Jerry, il est comme un lion lâché dans la jungle des villes et cette liberté doit être palpable dans une sensualité affichée.

En quoi la pièce vous semble-t-elle essentielle aujourd’hui ?
La question centrale est celle du vivre ensemble. À deux, en couple. À plusieurs, en société. Faut-il céder aux injonctions éternelles et se marier pour la vie ? Alors que l’épanouissement sensuel passe peut-être par d’autres types de relations plus fugaces et sauvages. Faut-il accepter tous les us et coutumes en vigueur pour se civiliser et vivre sagement en communauté ? Mais, sans lois, l’humanité retomberait dans le chaos où la loi du plus fort serait la seule règle. La pièce fonctionne aussi comme une allégorie de la violence sur laquelle toute civilisation est bâtie. Ainsi, tout comme les pères fondateurs ont exterminé les Indiens en débarquant sur ce continent presque vierge, Peter devra user de la force, même malgré lui, pour occuper son banc dans le parc...
Conversation entre Pierre Notte et Gilbert Désveaux pendant les répétitions, février 2013, extraits

Infos pratiques

Edward Albee’s - La Maison et le Zoo

Théâtre du Rond-Point (Paris), Salle Jean Tardieu, Du 3 au 25 juin 2015, à 20h30, Dimanche à 15h30, Relâche les lundis et le dimanche 7 juin.

De Edward Albee, Traduction Jean-Marie Besset, Mise en scène Gilbert Désveaux, Avec de gauche à droite : Fabienne Perineau, Jean-Marc Bourg, Scénographie Annabel Vergne - Assistée de Cassandre Boy, Lumières Maryse Gautier, Son Serge Monségu, Costumes Annabel Vergne - Marie Delphin, Collaboration artistique Mama Prassinos

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