Amalia Casado, Portraits

Musique
Les Trois Baudets (Paris)
15 juin 2015

Je suis née à Nanterre. Mes parents n’ont jamais fait de musique mais pour mes cinq ans, ils m’ont offert un piano. Immense jouet qui trône comme un animal sauvage dans le salon. Je le dévore à pleines mains. Le voisin râle beaucoup. La famille déménage.

Ravel, Débussy, Chopin et Beethoven ont rythmé mon enfance et mon adolescence. Ma culture musicale vient de là, des partitions que mon père m’achetait fièrement quand il rentrait du travail et de la radio qu’on écoutait ensemble dans la voiture en allant aux cours de piano chez Margaret. C’est elle qui m’a patiemment appris à jouer, c’est à dire à chanter avec les doigts.

Quelques années plus tard, à seize ans, j’ai quitté le conservatoire sur un coup de tête. Ce dégoût viscéral m’a tenue pendant dix ans éloignée de la musique. Depuis il y a un vide comme une larme contenue, l’impression de ne rien approfondir, de ne rien savoir faire.

Après le bac, Paris. Prépa lettres. Je me sens libre comme un petit électron catapulté dans un monde très large. Cinq ans puis le vide revient. Je cherche un travail, la stabilité mais plus je cherche, plus je démissionne.

Je m’isole. Je reste chez moi pendant des semaines, comme inadaptée au monde. Tout me semble égal, relatif, discutable, vain. Pour mes 26 ans, je récupère mon piano. Il a pris un sacré coup de vieux mais il n’est pas fichu. Alors je commence à écrire des chansons, comme des petits cailloux.

Depuis, c’est la navigation à vue, les cinq sens en éveil. J’ai eu la chance de rencontrer vite des gens qui se sont intéressés à mes petits bouts de chansons. Un label motivé, Jo&Co, l’homme de la situation, Pierre-Emmanuel Mériaud, de grands musiciens qui m’ont accompagnée en studio ou en concert, François Poggio, Victor Paimblanc, Philippe X, Benjamin Vairon. J’ai pris des cours de chant. Soudain j’étais entourée. J’avais une place à moi. Quand on m’a appelée artiste, j’ai beaucoup souri. J’étais d’accord.

Parfois, il faut du temps pour échapper à soi, fuir sa propre autorité.

J’aimerais que ces chansons prennent vie, qu’elles appartiennent à qui les aiment.

Elles ne sont que des objets de désir..