La Femme

Musique
Scène de La Cascade, Festival Rock en Seine 2016, Domaine national de Saint-Cloud (Saint-Cloud)
27 août 2016


On le sait, depuis des débuts fracassants en 2010 avec la doublette magique Sur la planche et Télégraphe, La Femme est l’avenir de la french pop. Rarement groupe français n’aura connu une ascension aussi fulgurante, parcourant l’Hexagone comme les États-Unis avec fougue et passion, énergie et simplicité. De l’underground au grand public, La Femme a bousculé tous les codes en vigueur, mélangeant les genres musicaux (cold wave, synthpop, musique surf, chanson yéyé…) avec une fraîcheur communicative, une vitalité renouvelée. Des morceaux comme Anti-taxi ou Nous étions deux font désormais figure de rengaines éternelles.

Trois ans après Psycho Tropical Berlin (2013) – mémorable premier LP, couronné d’une Victoire de la musique pour « l’album révélation de l’année » –, le groupe le plus insaisissable de sa génération sonnera l’heure de la rentrée le 2 septembre. La Femme compte toujours six membres avec ses deux têtes pensantes Marlon Magnée (chant, clavier) et Sacha Got (chant, guitare), Clémence Quélennec (chant, clavier), Sam Lefèvre (basse), Lucas Nunez Ritter (percussions) et Noé Delmas (batterie). Pour passer le cap du second album, les musiciens prolixes ont composé une trentaine de titres depuis 2013. Seize chansons, au final, ont été mixées par Sonny Diperri (Animal Collective, Hanni El Khatib) et Stéphane “Alf” Briat (Air, Aline, Mustang), déjà aperçu au générique de la discographie de La Femme.

Dévoilé par deux premiers singles – l’electro psyché Sphynx publié quelques jours avant un Olympia printanier à guichets fermés, le tubesque et bien nommé Où va le monde ? paru en pleines inondations –, XXXX est un disque à la fois riche, mature et bigarré. Comme quoi, ces vingtenaires intrépides ont de la réserve et du ressort. Ils en témoignent d’ailleurs explicitement dans l’avant-propos du livret. Plus posé et moins virevoltant que son prédécesseur, mieux écrit et soigneusement arrangé, cet album porte tout l’ADN de La Femme : son, chanson, incarnation.

À propos d’incarnation (vocale), de nouvelles interprètes apparaissent aux côtés de la chanteuse officielle Clémence Quélennec, des habituées Clara Luciani et Jane Peynot. Elles s’appellent Naomi Greene, Mathilde Marlière, Angela Hureau, Sarah Ben Abdallah ou Ambre Hazlewood. Des voix féminines qui se mélangent aux chants de Marlon Magnée et Sacha Got dans des PACS multiples. « Mais où va le monde ?/(…)Où sont mes vrais amis ?/Pourquoi je me méfie/Qu’a-t-on pu bien faire de tous ces sacrifices ? », interrogent fort à propos ces brillants auteurs. Car le répertoire de La Femme s’écrit ainsi, au rythme de la vie, de l’amour, des rêves insensés et des désillusions quotidiennes. « Le présent est la fin du passé et le début du futur… », comme ils aiment à le répéter en chœur, dans cette relation qui tient autant de l’amitié indéfectible que de l’émulation artistique.

Comme à l’accoutumée, La Femme n’a pas son pareil pour décocher des flèches, des fulgurances, des images mentales. « Le mois de septembre va commencer, un peu de spleen, c’est la fin de l’été » (Septembre) ; « Le vent souffle sur les plaines/Mais la vie continue quand même » (Elle ne t’aime pas) ; « Une vague se déforme/Une vague se reforme » (La Vague). En élargissant son spectre musical, la formation donne à entendre de nouvelles références, comme l’influence prégnante d’Ennio Morricone, l’incursion disco sur SSD (en souvenir des mois écoulés dans le quartier de Strasbourg Saint-Denis), le lyrisme lysergique du Velvet Underground ou encore une pluie de cordes sur quelques morceaux. XXXX se referme sur La Vague, une longue plage de treize minutes, inspirée par Pink Floyd, un solo de guitare et l’adolescence passée sur la côte basque. Toujours en phase avec son époque, La Femme reste cette offrande pour la pop française. Un Mystère à suivre passionnément.

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